Les hommes de Kachela représentent la scène du hip-hop à Tanger, ils sont connus au niveau national, voire international. D'après eux ils ne rappent pas pour devenir célèbre, mais le rap est leur façon de s'exprimer et de laisser parler leurs coeurs. La musique est leur exutoire pour faire face aux frustrations concernant la politique. Ils mettent à cause des questions sociales, ainsi que la position dans la quelle ils se sentent poussé par l'attitude de la communauté internationale vis-à-vis l'Islam.
Nous attendions déjà peu quand Samir arrivait. Samir est un des “soldats” de Kachela (caserne). “Nous ne pointons pas de fusils, mais nous tirons avec nos mots”. Kachela loue le sous-sol d'un complexe d'habitations, le complexe se trouve en plein rénovation et pour l'instant l'électricité doit être prise des voisins. Avant que nous entrions Samir fixe les fils à l'entrée principale. Peu à peu les autres members du groupe se présentent dans la salle. La cave est vide, il y a quelques bancs autour d'une ampoule. On se croit vraiment dans l'underground.
Ils sont neuf, les hommes de Kachela et ils se connaissent depuis longtemps. Ils ont une passion en commun, c'est le rap. Ils performent dans des différentes formations. Il existe Zanka Flow (Flow de la Rue), composé de Muslim et Larbi, en plus il y a Arab Souljas composé de Mojahid et Arbi et finalement il reste La-N, Moro, Islamic Gun et Mojrim. Le gérant du club s'appelle Thug Face, un étudiant en informatique. Tous ont à côté du rap leurs occupations personelles, ils font des études ou ils travaillent. Malheureusement les initiatives culturelles sont peu soutenues par les pouvoirs publics locaux. Kachela paie tout de sa poche. “Nous sommes riches, ils nous manquent juste de l'argent”, disent-ils. Les premiers enregistrements se sont faits avec magnétophone et mini-disque.
Pendant notre visite de la cave, des différents sujets étaient abordés. Un nombre des jeunes ont voyagé beaucoup. Ils ont fait le tour de l'Europe en passant par l'Espagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas ont aussi été visités quelques fois. Mohamed raconte des préjugés par rapport aux Marocains qu'il avait rencontré. “Après avoir voyagé durant quelques semaines ensemble, un copain belge était surpris d'apprendre que je venais du Maroc. Il croyait qu'on était tous des barbus habillés en jelleba et que nous ne nous deplacions que sur les ânes”.
Autre sujet qui occupe les pensées de nos amis est l'attitude negative dans le monde vis-à-vis l'Islam. “La signification de l'Islam est la paix, nous ne sommes pas agressifs, ni veut-on commencer une guerre. Regardez-moi... je fume, je n'ai pas de barbe, je porte des vêtements normaux et je suis musulman. Les gens dans le monde arabe sont toujours mis dans le même sac, ils sont généralisés”. Les hommes remarquent qu'il existe une peur pour leur culture, selon eux c'est faux.
Kachela fait du rap en langue arabe. Nous ne devons pas insister pour pouvoir écouter quelques pièces de leur oeuvre. World2Xpress est inséré dans les paroles, mais il reste difficile d'utiliser un mot anglais aussi long. Il est très beau de voir comme même les garçons les plus timides revivent et se donnent à bout quand ils font leurs raps. Le rap, c'est leur truc, le rap est leur vie.
Au sous-sol du complexe, Kachela aime réaliser un studio, un atelier d'exercise et d'enregistrement, un salon pour les invités et une partie dédiquée au breakdance et l'enregistrement des vidéos. Il reste beaucoup de travail à faire, mais le groupe a de l'enthousiasme et de la persistance. Dans la cave vide nous pouvons déjà imaginer la construction du studio pour la nouvelle génération. Ils ont tout fait avec leurs moyens d'argent, d'invention et d'imagination. Le studio réalisé, ils pourront offrir leur espace aux autres jeunes du quartier. Ils possèdent déjà la volonté et l'enthausiasme, il leur reste le financement.
Source :
Par Içi ************************************** Interview et traduction :
Lieke Verhagen